Jean-Pierre Bensimon
Il n’a pas fallu longtemps pour qu’une nouvelle campagne de
désinformation se déploie en France. Elle a débuté dès qu’il s’est avéré que
la réponse israélienne à l’embuscade meurtrière du Hezbollah au matin du 12
juillet, suivie d’un enlèvement de soldats, ne serait pas de pure forme.
Cette campagne comporte deux grands volets. D’abord la mise au
point d’un discours désinformateur, d’un argumentaire biaisé, dont la
fonction est d’indigner les Français, de leur faire haïr l’État d’Israël as
usual et, du même coup, de donner satisfaction au consensus anti-américain
et antisioniste en France et à l’étranger. Au cour de ce consensus, flatté
et courtisé autant que redouté, se trouvent l’opinion publique extrémiste
des pays arabes et la frange activiste et terroriste de l’immigration
arabo-musulmane en France.
Le second volet, c’est la diffusion de ce discours
désinformateur. Il faut pour cela que les "faiseurs d’opinion", les
"chercheurs" et les "universitaires", les "personnalités de référence", les
rédactions des grands média qui traitent en permanence l’information,
puissent retraduire la réalité dans les catégories prescrites, et délivrer à
longueur de temps un message extrêmement simple: les Israéliens sont des
agresseurs brutaux et cruels, des adeptes de la violence extrême, qui tuent
sans scrupule les civils arabes, et dont les initiatives aventureuses et
vaines compromettent la sécurité du monde. Ce discours devient alors le
"politiquement correct", qu’on ne transgresse pas sans encourir la
réprobation et la mise à l’index, ou pire, les accusations suprêmes de "pro
sionisme" et de "Bushisme".
La désinformation ne fonctionne que sur le mode de
l’intimidation. Ennemie intime du débat, elle exige le quasi monopole
effectif du discours, tout en faisant mine d’ouvrir la discussion et de
donner équitablement la parole à tous les tendances. De ce point de vue, les
mécanismes sont rodés en France. Les média dominants, la TV, les radios, les
grands quotidiens sont vigoureusement pilotés par les architectes d’État de
l’information, qui siègent à l’Élysée et à Matignon. On peut écrire et dire
ce que l’on veut en France, pourvu que le public informé reste confidentiel,
pourvu que les analyses dissidentes demeurent à l’écart des réseaux de
diffusion à très grand impact qui font l’objet de toute l’attention du
pouvoir d’État. Si, au nom de la liberté d’expression et de la diversité des
opinions, on donne la parole à une voix dissonante, on la flanque de
contradicteurs virulents sur lesquels on peut compter, et l’on compense le
mince effet de sa parole par le matraquage des porteurs de la vérité
planifiée.
La couverture des évènements des trois derniers jours au Proche
orient est une excellente illustration de ces vicissitudes de la démocratie
française. Il suffit pour en prendre la mesure de passer en revue les
principaux thèmes de l’argumentaire désinformateur.
"Les réactions actuelles sont tout à fait disproportionnées"
Ce sont là les paroles du président de la République le 14
juillet. Une déclaration semblable avait été prescrite la veille, au
ministre Douste-Blazy: " La France condamne cette action de guerre
disproportionnée au Liban". La notion de réponse "proportionnée" est
mentionnée dans les conventions de Genève, sans aucune définition. On a bien
du mal à lui donner un contenu, sauf humanitaire, la limitation des pertes
humaines. Mais on peut aisément utiliser cette parabole imprécise pour
interdire l’exercice d’un droit essentiel des États dans les relations
internationales, la légitime défense. Le "vous allez trop loin" au premier
pas vous empêche totalement d’avancer. Et nier le droit à la légitime
défense, c’est exposer un pays à subir des agressions, des pertes humaines
et économiques, sans lui laisser la liberté de se protéger. C’est ce jeu
biaisé et mortel que les soutiens des agresseurs traditionnels d’Israël, au
nombre desquels la France occupe malheureusement une place éminente, veulent
imposer à l’État juif.
Comment faut-il comprendre la réaction d’Israël à ce qui s’est
passé sur sa frontière nord? Dans la matinée du 12 juillet, l’artillerie
lourde du Hezbollah entreprend de pilonner les localités frontalières
faisant des morts et des blessés civils; une patrouille tombe dans une
embuscade, perd plusieurs soldats et deux d’entre eux sont capturés du coté
israélien. Immédiatement, le Hezbollah annonce que les captifs sont en lieu
sur et qu’ils seront échangés contre des milliers de prisonniers détenus en
Israël au terme de "négociations indirectes" (comme le Hezbollah ne
reconnaît pas Israël, il n’est pas question qu’il négocie directement avec
lui).
Israël vient de subir une agression "gratuite", c’est-à-dire
sans motif matériel identifiable, extrêmement violente, avec des pertes
humaines sensibles, civiles et militaires. Fallait-il entreprendre des
"négociations indirectes"? Il ne faut pas avoir fait de longues études pour
comprendre que céder au chantage, c’est préparer d’autres chantages. Si on
rémunère la prise d’otage, il n’y a pas de raison que cela s’arrête et plus
aucun citoyen n’est en sécurité. Dans le passé, Israël a accepté à plusieurs
reprises de libérer de très nombreux prisonniers contre trois soldats, puis
contre les dépouilles de trois autres et un homme d’affaires. Ces
libérations ont été le point de départ de nouvelles agressions. Mais ce
n’est pas tout. Le Hezbollah a déployé dans tout le Liban Sud, des
dispositifs offensifs extrêmement redoutables avec des milliers de miliciens
entraînés et plus de 10 000 fusées dont certaines d’une portée de 130 miles,
les Zelzal-2, capables de frapper Jérusalem et Beer-shev’a. A l’évidence, si
Israël avait donné le moindre signe de faiblesse, d’autres agressions, de
plus en plus déstabilisantes se seraient succédées.
La réponse à une agression n’est pas nécessairement ce à quoi
l’agresseur s’attend. Israël semble avoir pris la décision légitime, non
seulement de récupérer ses soldats, mais de mettre le Hezbollah hors d’état
de nuire, pour très longtemps. C’est son droit souverain. En soulevant
l’argument de la disproportion, les autorités françaises nient la
souveraineté de l’État israélien, comme le droit de la population d’Israël
d’être protégée par son État et de vivre dans la sécurité. Il ne s’agit pas
d’une question d’appréciation: il s’agit de laisser ou non la population
juive d’Israël se défendre de ceux qui ont juré de l’éradiquer. Les
autorités françaises ont décidé que les Juifs d’Israël devaient être laissés
à la merci des pires tueurs du Proche Orient, comme ils avaient été à la
merci des nazis il y a quelques décennies. Nous savons quelque chose du
Hezbollah, nous autres français. Les philosophes du "Parti de Dieu" ont pris
la vie de 58 parachutistes des 1er et 9ème Régiment de Chasseurs
Parachutistes un certain dimanche 23 octobre 1983 à 6 h 24! Chirac et
Douste-Blazy n’ont pas l’excuse de l’ignorance. Ils ont par contre l’appui
de l’ambassadeur de Syrie aux États-unis qui a déclaré à la télévision
britannique. ”Israël, qui agit chaque jour contre des civils palestiniens,
répond de façon disproportionnée".
A l’épreuve des évènements cruels que la région est en train de
vivre, on peut d’ailleurs faire le raisonnement inverse, qui semble
désormais faire l’unanimité en Israël. Si les fanatiques du Hamas, puis ceux
du Hezbollah, ont procédé à des attaques et des enlèvements sur le sol
israélien, dans les frontières de 1949, c’est parce que les dirigeants
d’Israël ont fait preuve d’un excès de retenue. On attendait des
Palestiniens délivrés de "l’occupation" qu’ils s’adonnent comme tous les
peuples à des activités pacifiques, au développement économique et à la
construction d’un État. Au lieu de cela, des centaines de fusées Kassam de
plus en plus perfectionnées ont été lancées sur les villes et les fermes du
Neguev depuis le désengagement de septembre 2005, sans réaction notable des
autorités israéliennes. Cela a été perçu par les fous d’Allah qui ne pensent
qu’en termes de guerre, comme un signe de faiblesse. C’est cet excès de
retenue, cette fausse proportionnalité dont Jacques Chirac semble friand,
qui a ouvert la voie à la guerre en cours.
Une volonté de détruire le Liban
Et voici la seconde accusation, formulée encore une fois par
Jacques Chirac, le 14 juillet: "on peut se demander s’il n’y a pas,
aujourd’hui, une volonté de détruire le Liban, ses équipements, ses routes,
ses communications, son énergie, son aérodrome". Quel intérêt Israël
aurait-il à "détruire le Liban"? Oser formuler la question de cette façon,
alors qu’Israël a été attaqué sans qu’on puisse lui imputer la moindre
initiative militaire, c’est accuser sans détour la victime, ce qui est
diffamatoire. Mais aussi tout à fait ignoble, l’accusation fonctionne en
fait comme un permis de tuer, accordé par Chirac aux grands professionnels
chiites de l’explosif et du couteau, puisqu’il interdit à la victime de se
défendre.
Comment comprendre les opérations déclenchées par Israël ces
trois derniers jours? Le premier impératif a été de récupérer immédiatement
les deux captifs et d’empêcher leur transfert en Iran. Il fallait pour cela
couper les routes du Sud Liban le plus vite possible. Ensuite, dans la
perspective d’une campagne militaire longue (l’objectif défini, on l’a vu
plus haut, est la mise hors d’état de nuire du Hezbollah, pour longtemps),
il fallait interdire l’approvisionnement en armes et en munitions, qui
viendront fatalement à manquer, des commanditaires
…
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